Dans le cadre de mon travail, j'ai parlé à une dame qui se disait "voyante" et dans un élan de sagesse (ou de curiosité, allez savoir) je lui ai dit que si elle habitait plus proche de chez moi, je serais allée la consulter afin qu'elle me dise ce que l'avenir me réserve. Qu'à cela ne tienne! Avec son grand cœur, la cliente me dit qu'elle sera heureuse de regarder ça pour moi pendant que je m'occupe de son dossier. Je n'en demandais pas tant mais qui suis-je pour refuser une offre aussi généreuse qui tombait à point dans une journée des plus ennuyante à servir le géant des télécommunications tout de bleu vêtu. Je m'occupe donc allègrement de son dossier pendant qu'elle me pose ici et là quelques questions somme toute assez anodines: ma date de naissance bien entendu et quelques question dans la même lignée. N'ayant rien à perdre, l'âme légère et le sourire aux lèvres, je lui répond en me disant que j'aurai sûrement droit aux bêtises habituelles dignes de l'horoscope du week-end dans le journal. Mais non! Elle prend une voix digne d'un véritable oiseau de mauvaise augure pour m'annoncer tout bonnement que 2018 sera une année catastrophique pour moi. "Pardon?" lui ai-je répondu, prise par surprise alors que je ne prêtais qu'une oreille distraite à ses propos, concentrée sur mon travail. "Vous avez dit?". J'ai sûrement mal entendu, n'est-ce pas? Une journée de merde, d'accord. Une semaine? Passe toujours! Un mois? Ça commence à être poussé, mais je peux encaisser. Mais une année? Minute, papillon! "Vous êtes en train de me dire que la totalité de 2018 sera mauvaise pour moi?". Et, tout bonnement, elle me confirme de nouveau ce qu'elle a dit. Ça m'apprendra à être curieuse...
Je ne dis pas que je crois en la voyance. Ça serait plutôt ridicule comme premier article publié sur ce merveilleux blog que je commence aujourd'hui. Mais (puisqu'il y a toujours un "mais", n'est-ce pas?)...
Mais, je commence à me dire, rendu au 5 Décembre, que la dame en question, elle n'avait peut-être pas tort. L'ironie dans tout ça, c'est qu'elle a peut-être placé un message dans mon subconscient et que je l'ai écoutée? Qui sait, en réalité! Toujours est-il que...
Il est presque 5 heures du matin et j'en suis à ma seconde nuit consécutive à voir le jour se lever. Je sais qu'encore une fois, je ne dormirai pas ce soir. J'envie ceux qui se sont tout doucement glissés dans les bras de la séduisante Morphée. J'envie ceux qui, l'esprit tranquille, ont couché leur tête sur leur oreiller et ont fermé les yeux sur une journée sans rebondissements désagréables. J'envie ceux qui n'ont pas eu l'esprit torturé par les questions, les regrets et les remords. Je suis jalouse de tous ceux qui se sont contenté de simples bâillements plutôt que de longs soupirs qui font trembler l'âme.
Je suis jalouse de tous ceux qui n'ont pas vu leurs projets d'avenir chamboulés par quelques paroles toutes simples:
"Je pense que tu n'es pas faite pour moi"
Quelques mots. Pas un paragraphe. Pas un roman. Juste assez pour faire en sorte que, tout d'un coup, le cœur ratte un ou deux battements. Juste assez pour que le corps en entier se mette en mode "panique". L'adrénaline se déverse en une fraction de seconde dans le sang et se propage à la vitesse de l'éclair. L'instinct primitif refait surface et le cerveau se met en mode "DANGER".
"Je pense que tu n'es pas faite pour moi"
Toutes les images sont bonnes: l'ouragan, le tsunami, le château de carte qui s’écroule, le plancher qui disparait, les fondations qui s'écroulent. Pas besoin d'un dessin: il se fait tout seul.
"Je pense que tu n'es pas faite pour moi"
Il y a une solution miracle pour remonter le temps, quelques instants avant que ce fameux château qui se tenait fièrement debout, à des hauteurs vertigineuse, ne se retrouve réduit à un amas de cartes anonymes et sans but? Il y a une potion magique qui fait changer le cours de choses avant que tout d'un coup, tout ce qui semblait sûr et confortable, acquis et réconfortant, ne soit arraché de nos mains avant même qu'on ait une seconde pour réagir? Le souffle coupé, on regarde nos mains désormais vide alors qu'un instant auparavant, le monde tournait tranquillement, sans faux bonds, sans accrochage. On regarde, ébahis, ces mains jointes qui tremblent et qui semblent soudainement inutiles. Toute la panique du monde, toute l'adrénaline générée par le cerveau ne serviront à absolument rien. On est victime absolument non consentante d'un crime commis à l'égard du corps, du cœur et de l'âme.
Le lit autrefois si réconfortant et oasis de chaleur et de tendresse est soudainement transformé en ennemi, glacé et terrorisant. Il est désormais hanté de fantômes, souvenirs d'un passé pas si lointain ou l'innocence nous protégeait de la tragique possibilité qu'il pourrait éventuellement être douloureusement vide. Que les yeux soient ouverts ou fermés n'y change absolument rien: les fantômes sont dans la tête, dans le cœur et n'ont aucune difficulté à nous hanter dans un cas comme dans l'autre.
D'une griffe acérée, vicieuse, ils nous labourent le cœur à grand coups de souvenirs: une parole, une caresse, un sourire, un regard. Tout y passe. Les yeux se transforment en torrent et n'arrivent plus à rester secs. Demain, ils seront le témoin flagrant de la douleur qui enserre le cœur et qui l'empêchent de battre normalement. Tout est analysé, tout est décortiqué: rien n'est épargné. Quand le cœur est brisé, détruit et meurtri, c'est comme si l'être en entier oubliait comment fonctionner normalement.
L'amour protège, crée une armure d'innocence et de naïveté bienfaisante. Il efface toute trace de danger, de risque. Il nous berce dans ses bras réconfortant en nous faisant croire qu'il rime avec "TOUJOURS". Mais lorsqu'il décide d'aller s'établir ailleurs, les belles promesses sont oubliées en un instant. Quand il décide qu'il a assez donné, c'est l'univers en entier qui perds ses lunettes rose et qui change de couleur, autrement moins douces.
(À suivre...)