"Well, they thought they were made for each other..."
- Kaleo: I can't go on without you
L'impression d'avoir le cerveau embrumé, paralysé. Comme si le monde tournait soudainement au ralenti. L'équilibre manque et je suis entièrement déboussolée, étourdie. Quelque chose ne tourne pas rond et c'est dans mon cœur que ça cloche. Quand le cœur ne va pas, c'est l'être en entier qui est impacté. J'avance, mais j'ai l'impression soudaine d'avoir été transformée en robot, en coquille tristement vide où ne subsiste que l'écho de mes soupirs à fendre l'âme. Un pied devant l'autre, par automatisme, par habitude, je continue de cheminer, sans but, sans objectif, simplement parce qu'il le faut, parce que je n'ai d'autres choix. Mais l'envie n'y est pas, n'y est plus. La volonté s'est enfuie en même temps que l'amour a quitté ma vie sans crier gare.
On ne nous avise pas des risques que l'on court quand on accepte de donner notre cœur à quelqu'un d'autre, quand on accepte de se montrer vulnérable et sans défense, quand on laisse tomber les masques, les barrières qui nous protègent de la douleur. On ne nous parle que du côté positif de l'amour, pas du séisme extraordinaire et inévitable qu'on subira quand il décidera tout bonnement de partir.
Mais il se passe quoi quand les papillons dans le ventre décident de mourir tous ensemble, d'un seul coup? Quand le cœur se serre de douleur plutôt que de battre si fort pour un sourire, un regard, un "Je t'aime"? Il se passe quoi quand les nuits se changent en interminable torture où chaque instant est passé à se remémorer les bons moments, à chercher exactement ce qui a pu faire dérailler la mécanique si bien huilée qui fonctionnait parfaitement jusqu'à maintenant? Il se passe quoi quand le lit est soudainement beaucoup trop grand et terriblement froid, glacial? On ne nous avertis pas qu'il y aura toutes ces nuits qui seront passées à se réveiller en cherchant l'autre qui y était il n'y a pas si longtemps pour ne rencontrer que le vide et l'absence, cette absence qui, à chaque fois, apportera la même sensation de se retrouver brusquement lancé dans le vide sans parachute.
On nous parle de la beauté de ces toutes nouvelles teintes que l'amour apportera dans notre quotidien, du nouvel éclat qui sera présent partout où on portera notre regard. Mais on s'abstient de nous dire que, lorsqu'il s'absentera, le monde en entier perdra de ses couleurs, que tout deviendra terne, monotone. Pas un mot sur le fait que le sommeil disparaitra, que l'appétit s'éteindra, que la motivation se volatilisera, que les sourires agoniseront.
On nous parle de la beauté de ces toutes nouvelles teintes que l'amour apportera dans notre quotidien, du nouvel éclat qui sera présent partout où on portera notre regard. Mais on s'abstient de nous dire que, lorsqu'il s'absentera, le monde en entier perdra de ses couleurs, que tout deviendra terne, monotone. Pas un mot sur le fait que le sommeil disparaitra, que l'appétit s'éteindra, que la motivation se volatilisera, que les sourires agoniseront.
L'amour, comme les cigarettes, devrait venir avec des avertissements...
La problématique première, dans mon cas, c'est que mes émotions sont très intenses, à fleur de peau en permanence. Aucun répit possible. J'ai la faiblesse de mes forces, l'autre côté de la médaille beaucoup moins reluisant, pas mal moins sympathique. J'ai déjà lu une comparaison qui m'a beaucoup marquée: les personnes atteintes d'un TPL sont comme des gens brûlés au troisième degré, sauf que ce sont leurs émotions qui sont affectées. Aucune protection contre les éléments, contre les paroles, contre les actions. Elles sont amplifiées, exacerbées. Tout est dramatique, tout est ressenti à l'extrême. Pas de petits déchirement: la souffrance, les chagrins, les peines sont transformés en véritable désespoir. Et le pire dans tout ça? C'est qu'ils ne sont pas forcés, qu'ils ne sont pas maquillés, ils ne sont pas amplifiés: c'est de cette façon précise qu'ils sont ressentis.
Pas de demi mesure, pas de faux semblants, pas d'à peu près: tout est démesuré, insupportable. La douleur est réelle, la mélancolie est ressentie comme un véritable abandon. Et même en étant consciente de ce fait, je n'ai aucun contrôle sur la situation. Je fais face, encore une fois, aux vagues qui m'assaillent et j'attends la prochaine pause pour pouvoir reprendre mon souffle.
La folie intelligente... Mon tourment, ma réalité, mon quotidien.
Je sais que le temps va apaiser la peine. Qu'éventuellement, je cesserai d'avoir cette boule de chagrin en moi, celle qui m'empêche de respirer normalement, de fonctionner comme un humain "normal". Je sais que le temps va faire son œuvre. Mais le temps... Il prend son temps! La patience et moi ne sommes définitivement pas amies. J'attends... Qu'il vienne l'oubli: je l’accueillerai à bras ouverts!
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